dimanche 11 novembre 2012

Eglise Saint-Michel de Gand (Octobre 2012)

L'église Sint-Michielskerk de Gand, fut construite en deux étapes depuis le XVe siècle. L'édifice actuel est un bel exemple de gothique brabançon, et abrite une superbe collection de tableaux, parmi lesquels un étonnant Van Dyck et quelques Crayer, un Seghers caravagesque et un Philippe de Champaigne imposant...

Ce 27 octobre 2012 après-midi, la Daventry Choral Society donnait un concert devant un auditoire recueilli. C'était l'Ave Verum Corpus qui nous accueilli et nous frappa de plein fouet alors que nous franchissions les portes de l'église. Suivirent du Bruckner (Locus Iste, Ave Maria), le Cantique de Jean Racine (Fauré), I was glad (Purcell) et des extraits du Messiah de Haendel, qui prouvèrent que les société chorales anglaises portent toujours haut leur inspiration, leur intensité et leur musicalité. Adrian Moore présidait à l'orgue et le Dr. Nicholas Scott-Burt dirigeait ce concert qui transporta l'auditoire.

Merci à eux pour ce magnifique moment.








Van Dyck



Gerard Seghers (détail)


Philippe de Champaigne (détail)



Gaspar de Crayer


Photographies (c) E. Pesqué. Tous droits réservés.

dimanche 4 novembre 2012

Haendel - Agrippina (Gand, octobre 2012)

Haendel – Agrippina (HWV6)
Livret de Vincenzo Grimani.

Ann Hallenberg - Agrippina
Renata Pokupić - Nerone
Elena Tsallagova - Poppea
Kristina Hammarström - Ottone
Umberto Chiummo - Claudio
João Fernandes - Pallante
José Lemos - Narciso
Gevorg Grigoryan - Lesbo
Marija Jokovic - Giunone

Symfonisch Orkest van de Vlaamse Opera
Paul McCreesh – direction musicale

Mariame Clément – mise en scène
Julia Hansen – décors et costumes
Bernd Purkrabek - lumières
fettFilm – vidéo

Vlaamse Opera, Gand – 28 octobre 2012





M6 : 19.00 SERIE
Breakfast at Dynasty’s.
| Série créée par G.-F. Haendel et M. Clément | Scénario : V. Grimani | (saison 1, ép. 3, 4 et 5/8, USA, 1982) 3 x 66 mn. | VOST. | Rediffusion. | avec Ann Hallenberg (Agrippina), Renata Pokupić (Nerone), Elena Tsallagova (Poppea),… | Cameo : Marija Jokovic (Giunone) | Déconseillé au moins de 18 ans par l’Office catholique et l'Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours .
| GENRE : AFFREUX, RICHES ET MECHANTS



Si vous avez raté le début : Agrippina croit parvenir au but. A la nouvelle de la mort de Claudio, son empereur de mari, elle conspire pour faire porter Nerone sur le trône à qui elle recommande de se faire passer pour généreux et compatissant envers la populace. Pour parfaire son plan, elle envoie deux de ses soupirants, Pallante et Narciso, influencer secrètement le peuple. Les deux dupes espèrent partager avec elle le réel pouvoir, puisque le véritable but de cette fausse « mère Courage » est de tirer secrètement les ficelles…Hélas, à l’instant de son triomphe annoncé, on apprend que Claudio est vivant, sauvé de la noyade par Ottone, amant de la belle Poppea, également courtisée par Claudio et Nerone. Agrippina va donc utiliser la jalousie de Poppea pour éliminer Ottone de la course au pouvoir, Claudio ayant promis sa succession à son sauveur…





Un peu d’histoire : Opéra de jeunesse de Haendel, cette Agrippina est l’une des matrices en parodies de son œuvre passée et à venir : en effet, si Haendel s’y pille déjà sans vergogne (on y retrouve mains passages de ses oratorios ou motets, comme La Resurrezione ou Il Trionfo del Tempo e del Disinganno ou opéras tels Vincer se stesso, tout comme des idées mélodiques empruntées à Keiser ou Matheson…), on y voit déjà à l’œuvre les embryons de ses œuvres futures : Rinaldo, Il Pastor Fido, Teseo, Silla, Amadigi, Radamisto, Muzio Scaevola, Floridante, Flavio, Giulio Cesare, Tamerlano et Rodelinda. Comme l’a souligné Denis Morrier, l’aria d’Agrippina « Non ho cor per amarti » fait partie des thèmes qui eurent la postérité la plus abondante : on le retrouve dans diverses compositions instrumentales, que ce soit sonates pour flûte, concertos pour orgue ou Concerti grossi.



Cet opera seria est créé durant le carnaval 1709 au San Giovanni Grisostomo, théâtre appartenant à la famille Grimani. C’est justement le cardinal Vincenzo Grimani, Vice-roi de Naples, qui en a écrit le livret. La réception fut triomphale, avec vingt-sept représentations. La distribution, séduisante, comptait certains futurs fidèles londoniens du « caro Sassone » : la Durastanti en Agrippina, Pellegrini en Nerone et Boschi pour Pallante.
Le livret, qui joue adroitement d’intrigues érotico-politiques, empile les imbroglios que suscite Agrippina : elle est là l’« universelle araigne », chère à certains politiques, placée au centre des évènements. On a vu dans cet étalage de turpitudes –assez réjouissantes, avouons-le !- des allusions au cloaque pontifical de l’époque. Il n’est guère besoin de s’y référer : l’histoire romaine a toujours été un référent commun pour les Humanistes, et les années précédant la chute de la dynastie julio-claudienne ne manquent pas de rebondissements propices à un habile librettiste. Ce dernier use donc de ce socle historique commun pour peindre les tableaux d’une comédie violemment cynique, d’un vaudeville (au fond) sinistre et de chassés-croisés ambitieux que dissimulent malaisément une vivacité dramatique qui ménage les rebondissements en tous genres… L’ironie du texte se nourrit également des connaissances préalables du spectateur, qui, averti du sort historique des protagonistes, s’amuse d’autant plus devant ce lieto fine grinçant et narquoisement bonace. Le texte revisite également des situations archétypales de l’opéra vénitien, comme la scène de sommeil, tout en jouant aussi sur les clins d’œil : le sommeil simulé de Poppea ne serait-il pas aussi un souvenir détourné de celui, véritable cette fois-ci, dont l’accable Monteverdi ? Dans ces deux épisodes, Ottone servira de révélateur de son destin…





Notre avis : Le premier des épisodes diffusés ce soir n’est que le point de départ de péripéties abracadabrantesques qui font vraiment pouffer devant les coups que se portent ces grands fauves déchainés, vacillant sur la lisière de leur propre dégringolade. Feuilletonnesque ? Oui, car Mariame Clément a astucieusement transposé les coups de théâtre invraisemblables et incessants du livret dans un univers de soap opera à l’américaine des années 80. Ces années fric et toc sont donc servies sur le nouveau plateau d’une présentation qui use de tous les poncifs télévisuels du genre, avec un dynamisme jamais pris en défaut. On commence avec un générique hilarant qui lorgne vers Dallas et Dynasty où ne manquent ni un Stetson, ni un déshabillé de satin, ni un verre de whisky. Et pas même les nuances un rien jaunâtres de l’image… Et on termine sur un générique de fin qui résume avec des raccourcis savoureux, entre frères Dardenne et frères Coen, le futur (glauque et sanguinolent) des protagonistes.






Cette journée des dupes commence avec Agrippina, redoutable femme d’affaire aux tenues extravagantes (le tailleur fushia est grandiose !) et aux bibis impérieux, qui, dans son bureau, gourmande son benêt de Nerone (ado fuyant et inhibé, version pull jacquard post-Jean Marais). Dans la pièce voisine, la secrétaire blondasse se lime les ongles avec lassitude, entre deux coups de téléphone. Cette dernière n’est présente qu’à travers sa représentation filmée, qui surplombe ce décor tronqué, comme perdu sur la scène. Façon magistrale de dire la simplification de la production télévisuelle sur des personnages qui ne sont que faux-semblants, le décor réduit à sa plus simple expression ne permettant que deux ou trois plans possibles, en champ-contre-champ. Et la monotonie récurrente des stock shots habituels à ces séries faites à l’économie, avec des plans insérés à tout propos, avant et après les coupures publicitaires (palmiers agités par la brise, ventilateur tournant indéfiniment, stores ne laissant rien passer, gros plan sur des verres de cocktails, défilement du compteur de l’ascenseur ou autres détails oiseux) tout comme les angles de prise de vues faussement inventifs (la descente de limousine, filmée au ras du sol). Ces images, qui ponctuent les scènes tout en les contextualisant, créent aussi une distanciation, soulignant les récurrences comiques du livret : ainsi la double scène de séduction poussée d’Agrippina lors du premier acte, qui tourne court lors du second (cette fois-ci le ventilateur est à l’arrêt…). Ou se moquent de la forme même de l’opéra : ces airs da capo interminables pour les non initiés, ne sont-ils pas comme cette machinerie rouillée qu’on voit pomper, pomper, pomper… (un peu comme le 6587e épisode des Feux de l’Amour d’ailleurs.)








Les décors hyperréalistes, manipulés à vue, de ce tournage -car c’est bien d’un plateau de TV qu’il s’agit, Giunone (une percutante et guillerette Marija Jokovic) venant distribuer au final les scripts de l’épisode suivant aux acteurs)-, glissent et s’enchaînent de manière virtuose. (On a rarement vu autant de changements aussi rapides, avec même, au milieu, un coup de téléphone en off, autre poncif télévisuel…)
Il n’en manque pas un : bureau lambrissé d’Agrippina, salle de réunion du CA (au 38e étage), limousine en coupe, chambre de Poppea (où ne manque pas une robe dans le dressing), restaurant du tennis club (haut lieu de sociabilité !) où chaque nappe conserve ses rayures et son mur la photo célébrissime de Borg, salon de la demeure de Claudio (dont le minibar est dissimulé dans un globe terrestre), salle de bain du même (où le magnum de champagne se conserve au frais à côté de la baignoire de marbre), salon de petit déjeuner (où Nerone concurrencera le massacre de pastèque effectué à coup de hache par Alice Cooper à Moscou, sauf que là, plus fort, c’est à mains nues !) On ne peut que saluer la maitrise de Julia Hansen qui réussit haut la main un contretype savoureux de ces séries, tout en caractérisant parfaitement les personnages.



Comme il se doit, ça picole, ça clope et ça baise sec : tous les coups sont permis. D’Agrippina, maîtresse femme dévoreuse d’hommes (Ann Hallenberg, absolument fabuleuse, qui irrigue toute l’action de sa présence magnétique et d’une vocalité superbe), à la Poppea-Barbie dévastatrice (Elena Tsallagova mutine et délicieusement acide, aux vocalises fusant comme des coups de feu) dont les jeux de jambes et le brushing parfaits dissimulent sans peine une volonté de fer. Les moments de feinte complicité féminines entre ces deux monstresses se parent donc d’une causticité tout à fait réjouissante…








Les hommes, dans cet environnement délétère paraissent totalement dominés par ces deux présences fantasmatiques. Lesbo (solide et imperturbable Gevorg Grigoryan), chauffeur de maître impavide devant les turpitudes de ses employeurs, ne peut que suivre le mouvement. Les deux comparses fascinés Pallante (un João Fernandes bien essoufflé) et Narciso (José Lemos manifestement fatigué mais très stylé) forment un duo comique de haute volée, accentué par leurs différences physiques : le grand blond et le petit brun jouent avec humour de ces disparités et semblent décalqués, pour le coup, d’un épisode de Starsky et Hutch. Quant à Umberto Chiummo, s’il compose un patriarche autoritaire et séduisant drôlement crédible, il n’en accuse pourtant pas moins les limites d’un instrument désormais peu sûr dans l’aigu.




Mettons à part de ce lot commun masculin un Nerone idéalement malsain et perturbé (Renata Pokupić, annoncée souffrante, mais néanmoins très impressionnante en « monstre naissant »). Observateur rasant les murs, voyeur brûlant de prendre part aux jeux de sexe et de pouvoir, il se lâche d’un coup lors d’une scène clé : renversant sa mère sur la table du petit déjeuner, et encore maîtrisé par elle, il passe sa frustration sur son environnement immédiat en le déchiquetant. Belle ellipse pour ses crimes futurs.



La seule figure un peu intègre de ce carrousel infernal, Ottone (une Kristina Hammarström hallucinante d’ambiguïté, au chant idéal) est également touchée par cette déliquescence générale. Si ses airs, porteurs d’espoir, s’environnent d’une forêt infinie, nature apparemment sans flétrissure, ce n’est qu’une illusion de plus. Ce solide terrien, issu de l’Amérique profonde, se projette dans un paysage qui se délite, de feuilles mortes frappant la caméra en désagrégation progressive de l’image…



De quoi jouer au moraliste, et entonner (Cocorico !) la chanson du générique de Châteauvallon : « Puissance et Glooooooooooiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiire… », tout en hochant la tête avec componction. Regrettons tout de même, que ce scénario magistral finement observé et dirigé (les acteurs incarnent jusqu'au bout ce non-jeu lyophilisé ultra-bright qui est l’un des délices pervers de ces séries fleuve), qui aurait probablement fait la délectation d’un Sénèque, soit singulièrement dépourvu de contexte politique. Si ce dernier est peu appuyé dans le livret originel, il n’en irrigue pas moins le contexte. Cette famille élargie (aux commensaux) de grands magnats de l’industrie (pétrolière ?) dont nous suivons les soubresauts n’a pas d’influence sur le sort du monde, comme l’avait la famille impériale. Si ces familles télévisuelles sont devenues un substrat commun des conversations d’ascenseurs, les peuples vivant à l’intérieur du limes avaient encore un ciment collectif autrement plus crucial : la famille régnante. Et moins commun que les exigences de la téléréalité et autres divertissements cathodiques. Autres pains, autres jeux ! 




 
 


Paul McCreesh dirige l’orchestre maison de l’Opéra de Gand (auquel étaient adjoints un continuo baroque) d’un baguette un peu molle. On aurait souhaité plus de nervosité et de mordant pour accompagner ces passions flamboyantes, ces perfidies brillantes et cette caricature achevée de notre télévision malade. 

Photographies © Vlaamse Opera / Annemie Augustijns

N. B. : L’emprunt (en forme d’hommage pastiche) de l’« Ulysse » des années 80 de Télérama provient de Telerama.fr






Photographies (c) E. Pesqué.

Pinter - Le Retour (Théâtre national de l'Odéon, octobre 2012)


Harold Pinter – Le Retour

mise en scène Luc Bondy
traduction - Philippe Djian
décor - Johannes Schütz
costumes - Eva Dessecker
lumière - Dominique Bruguière
maquillage / coiffure - Cécile Kretschmar

Bruno Ganz - Max
Louis Garrel - Joey
Pascal Greggory - Sam
Jérôme Kircher - Teddy
Micha Lescot - Lenny
Emmanuelle Seigner – Ruth

Théâtre national de l’Odéon – 31 octobre 2012.



Lourdingue. Rasoir par instants en seconde partie de soirée. C’est dire qu’on enrage de voir ce texte, sacrément envieilli et traduit avec un registre de langue souvent inadéquat par Djian (qu’on a connu plus inspiré) servi par un tel aéropage de talents. C’est dire que les moments de grâce, et de rire (jaune ou gras) proviennent de la force des comédiens, qui donnent une part de mystère à un texte volontairement sordide. Et plat.




Malaise.
Et non pas avec le texte, mais contre le texte, hélas.




Depuis 1964, cette pièce représentative du « théâtre de la menace » de Pinter, ce huis-clos étrange, violent, misogyne et étouffant, où la parole et les pensées se dérobent toujours là où on ne les pense pas (à ce qu'il parait) a pris un coup de vieux.  



On peut y voir aussi une simple provocation agencée pour choquer le bourgeois (ce qui est réussi, vu les applaudissements polis à la fin.) Une pièce féroce dont la morale est clairement : Toutes des p***. Ce n’est pas provocateur, c’est simplement affligeant. En fait, on ressent, au fur et à mesure de la soirée, l’impression d’un trafiqué mal agencé, d’un contreplaqué qui se gondole lentement.





Restent un Micha Lescot ébouriffant (et ébouriffé) en proxénète vicelard, un Louis Garrel méconaissable dans un rôle un peu convenu très physique d'apprenti boxeur paumé, un Pascal Greggory parfait en chauffeur de taxi mythomane, un Bruno Ganz abject juste ce qu’il faut en patriarche déjanté. Celui qui revient, Jérôme Kircher, traduit magnifiquement les errances et la défaite du philosophe qui n’a rien compris à sa vie. Celle qui reste, Emmanuelle Seigner, illumine de sa grâce altière et cabrée, ce plateau de mâles en perdition, bientôt sous sa coupe.

Et le poisson rouge est idéalement choisi.




Les saluts...






Photographies © E. Pesqué