jeudi 23 août 2012

The Night Has Eyes (Terror House) (La nuit a des yeux) (1942)


Deux professeurs, Marian (Joyce Howard) et son amie canadienne Doris (Tucker McGuire) passent leurs vacances dans le Yorkshire, là où leur collègue et amie Evelyn avait disparu un an auparavant. Marian pense pouvoir élucider le mystère de cette disparition. Elles sont surprises par la tempête et trouvent refuge dans une maison isolée où vit Stephen Deremid (James Mason), un compositeur misanthrope. Il n'accepte que la compagnie de sa gouvernante Mrs. Ranger (Mary Clare) et de son homme à tout faire Jim Sturrock (Wilfrid Lawson). La météo défavorable prolonge le séjour des deux jeunes femmes, à la fureur de Stephen. Marian trouve dans la maison un médaillon ayant appartenu à Evelyn... Elle s'attache à Stephen, qui la repousse et lui explique qu'à la suite d'un traumatisme violent subit durant la guerre d'Espagne où il s'était engagé, il a des passages à vide, et est saisi d'un instinct meurtrier, ce qui explique son mode de vie. Malgré ces révélations, Marian s'incruste chez lui et est bien décidée à lui redonner goût à la vie, dédaignant l'intérêt que lui porte le médecin local (John Fernald).



Cette série B filmée sans trop de moyens lorgne sans vergogne du côté de la littérature gothique anglaise, qui inspirera les films mélodramatiques sortis par Gainsborough, avec plus de bonheur. Le cinéaste Leslie Arliss, auteur de ce film étrangement divertissant (son second film), fit employé par la suite par ce studio où il réalisa le délirant The Wicked Lady... Malgré un manque de moyens évidents, le film n'en propose pas moins une atmosphère prenante et malsaine (les scènes sur la lande où les sables mouvants abondent, en témoignent), grâce aux images de Krampf, qui masque habilement des décors un peu pauvres par un jeu d'ombres mouvantes d'un effet très réussi. Si le film fut renommé Terror House aux Etats-Unis, c 'est bien pour quelque chose ! 




Si le bizarre, le macabre, le morbide, l'étrange sont partie intégrante d'une mouvance du cinéma anglais, cet aspect fut exacerbé par la guerre et le besoin de divertissement que ressentait alors le public. Mais ces éléments furent adaptés aux épreuves du public d'alors, qui cherchait souvent une évasion hors d'une réalité quotidienne difficile. Le film fait donc le grand écart entre deux modes : un réalisme qui se raccroche à une vision peu mise en avant (le traumatisme des combattants) et une romance tordue, selon les canons du genre, mâtinée d'intrigue policière.



De fait, le canevas classique qui montre un héros byronien en prise avec une société injuste et étouffante est toiletté. « Mr. Rochester » (car on est bien dans une variation de Wuthering Height et de Jane Eyre) est réactualisé en une figure de musicien devenu stérile artistiquement, car soldat volontaire démobilisé à la suite d'un état de choc psychologique intense. Les conséquences intellectuelles de cet engagement aux côté des républicains espagnols sont pourtant atténuées dans le scénario, et les sous-entendus politiques à peine abordés : si Stephen déclare que « I gave up Music for War. I had an idiotic notion that civilisation was worth fighting for, that nothing that really mattered, could exist under slavery », ces propos (qui pourraient se prêter à une propagande militariste) restent négatifs malgré l'idéalisme supposé, et c'est surtout la vanité de cet engagement qui est mise en avant. (Une attitude qui devait faire écho aux convictions privées de James Mason, objecteur de conscience durant la guerre de 39-45...) Cette occultation n'est guère étonnante quand on sait que la censure britannique interdisait toute allusion à ce conflit.
Comme il aurait été désastreux pour le moral national d'héroïser un grand blessé névrosé par la guerre menée par le pays, on peut sans doute expliquer par cette raison ce déplacement géographique de conflit armé, qui avait l'intérêt de susciter l'empathie du public, sans trop appuyer sur les conséquences dramatiques du conflit alors en cours... Stephen est donc un blessé de guerre d'une aventure « exotique », bien loin des préoccupations immédiates des Anglais. Le personnage, malgré sa rudesse sadique; est parfaitement agencé pour susciter une empathie « maternante » pour les spectatrices. Et, par la même occasion, perpétuer les personnages mi-héros mi-tortionnaires si chers à l'imaginaire du XIXe siècle romantique, et que Mason sera contrait d'incarner durant toute la fin de sa carrière anglaise (The Man in Grey, Fanny by Gazlight, They Were Sisters, The Seventh Veil)


 

Il est clair que cette manœuvre scénaristique, qui affadit les possibilités ouvertes par la narration (pour les clore aussitôt) est calibrée pour un public essentiellement féminin. La fable a également une volonté moralisatrice. Les deux modèles féminins présentés déploient ouvertement une morale de guerre : Doris, pas tout à fait réellement anglaise car canadienne, extravertie et sexuée, représente un aspect repoussoir ; Marian, dévouée, effacée, masochiste même, porte sur ses épaules la possible reconstruction du héros, et sa force de guérison en fait l'archétype de l'idéal de la femme (com)battante qui sait néanmoins rester à sa place. Cependant, l'humour n'est pas absent de ces archétypes : la franchise brutale de Doris apporte un souffle d'air frais bienvenu dans les élans mélodramatiques de Marian.



Deux échanges significatifs éclaire les tensions du couple et forment le pivot du film :
Marian : « I've met men whose characters I've liked, whose brains I admired, but who meant nothing to me... I've met others, brainless and brutal, you know... »
Stephen (ironiquement) : « Yes, I know, the queer fascination with cruelty ».
(Cette explication synthétique, parfaitement bien comprise par les producteurs, cantonna Mason dans une typologie de rôles qu'il avait en horreur. Pour en sortir, il publia même dans un magazine un article, « Why I beat my wife »... qui fut perçu au premier degré!)

A Marian qui lui explique qu'elle souhaite rester près de lui afin de lui redonner goût en la vie, Stephen réplique : « You're getting no unctuous glow of saving me. You fool, you think I'd turn my back on real women, lovely women, to change it all for a sentimental little school-marm ? What have you got ? No beauty, no brains.  Just a lot of half-digested ideas about life picked up in a teacher's common room. » (Habillée pour l'hiver, je vous dis...)




James Mason, dans un de ses premiers rôles, tire avec maestria son épingle du jeu, en s'inscrivant dans la grande tradition des héros romantique, sombres et taciturnes. (Quel Mr. Darcy il dut être sur scène... Et on peut déplorer que le Jane Eyre prévu avec lui ne se fit pas.) Son numéro d'équilibriste entre l'introspection, la dépression, la violence défensive et la tendresse cachée sont une des forces du film. Dans un scénario tiré par les cheveux, il parvient à n'être jamais ridicule ni exagéré. Ce sont les nuances de son jeu, et la force de sa présence qui unifient des éléments narratifs assez disparates. La dimension artistique du personnage est hélas laissée la plupart du temps de côté, hors une assez jolie scène durant laquelle il se met au piano . Pour un compositeur « contemporain », il semble préférer les classiques... Notons que la pièce de Chopin qu'il exécute devant Joyce Howard est celle que jouera Pandora, quand Hendrick van der Zee l'écoute en contrebas, dans une belle  (future) inversion involontaire. 
 
Joyce Howard est parfaite dans son rôle de petite souris grise un peu ingrate, qui apprend une certaine autonomie et l'indépendance d'esprit, dans de certaines limites. Si son rôle se cantonne beaucoup dans celui de «demoiselle en péril », elle n'en montre pas moins une palette de jeu intéressante. Durant son assez courte carrière, elle se borna souvent à incarner une sorte d'Anglaise typique, fraiche et naïve, enthousiaste et terre à terre.




Un clin d'oeil amusant souligne le côté pourtant caricatural du personnage : après être tombée dans un abreuvoir rempli d'eau (au grand amusement de Stephen), Marian change de vêtements et revêt une robe pseudo XVIIIe siècle (qui aurait appartenu à l'une des ancêtres de Stephen !!! Super efficace, l'anti-mite local.). Cette « glamourisation » du personnage, qui jusque là était une parfaite petite institutrice un peu falote, a un impact immédiat sur son hôte. Le public féminin peut ainsi trouver une autre identification fantasmatique : celui de l'image rêvée de l'aristocrate aux jolies robes, avec ce rêve de Cendrillon réalisé... Alors que The Lamp Still Burns (1943) -auquel participe Joyce Howard- mettra en valeur l’héroïsme quotidien de la population féminine anglaise et ses transformations psychosociales, The Night Has Eyes demeure fermement ancré dans ses archaïsmes littéraires.




La résolution de l'intrigue est relativement faible, même si les scènes finales sur la lande de manquent pas d'impact visuel. Il ne s'agissait que de la conspiration des deux serviteurs (ils se sont en fait ligués pour convaincre Stephen qu'il est toujours psychotique en le droguant si besoin, afin de conserver leur emploi où ils sont grassement payés). Les deux personnages sont admirablement campés par un Wilfrid Lawson malsain, qui promène sa bobine inquiétante (et sa guenon apprivoisée) tout le long du film sans se raccrocher réellement au scénario, et une gouvernante inquiétante dans sa fausse amabilité (dans la grande lignée des gouvernantes anglaises popularisées par Mrs. Danvers) dont Mary Clare (généralement connue pour sa participation à The Lady vanishes) libère le venin par à-coups. Ces deux figures sinistres apportent un plaisir jubilatoire à cette galerie d'archétypes improbables.



Malgré son erreur à vouloir compacter trois films en un, si ce mélange de maison mystérieuse avec pièces secrètes, cas psychiatriques en pagaille, amour impossible, dégoulinade de brume, héros ténébreux, tempête, squelettes dans les placards et saupoudrage d'intrigue policière ne vous fait pas passer un bon moment, c'est à désespérer !


Dirigé par Leslie Arliss
Scénario de Leslie Arliss.
Image de Gunther Krampf.
Produit par John Argyle.
Musique de Charles Williams.
Durée : 1h 19

On trouve parfois des VHS (NTSC) Good Times ou DVD Rare Nightmare en vente sur Amazon. Attention, la qualité de la copie est loin d'être excellente.

mardi 21 août 2012

Return of the Scarlet Pimpernel (Le Retour du Mouron rouge) (1937)


1794. Robespierre espère se venger du Mouron Rouge (Barry K. Barnes) dont il connaît désormais l’identité. Il ordonne à Chauvelin (Francis Lister) de le lui livrer, sinon il sera lui-même arrêté et guillotiné. En Angleterre, Marguerite Blakeney (Sophie Stewart), qui attend un enfant, demande à son mari de s’abstenir de ses activités d’aventurier pour un an ; ce dernier accepte. Chauvelin fait chanter l’actrice Theresa Cabarrus (Margaretta Scott), maîtresse de Tallien (James Mason), pour l’aider à kidnapper Marguerite. Il sait que son mari la suivra en France où elle est détenue en attente de jugement, pour la sauver…



Il est toujours tentant de surfer sur un succès. Avec son Scarlet Pimpernel de 1934, Korda profita de la vogue et produisit une nouvelle variation sur le thème. Hélas, son atout majeur, Leslie Howard, bien occupé à Hollywood, ne put se libérer, ce qui eut des conséquences immédiates et désastreuses sur l’équilibre du film…

Il faut se méfier des suites, surtout quand elles semblent être de mauvaises contrefaçons… Collant en cela à son modèle littéraire, The Triumph of the Scarlet Pimpernel, dernier opus de la série, chronologiquement parlant, cette resucée filmique laisse un goût un peu amer en bouche. Le côté didactique un peu pesant n’aide en rien : Adrian Brunel précisa dans son autobiographie que les scénaristes essayèrent de montrer le parallèle entre les actions de Robespierre et celles d’Adolf Hitler...



Un semi ratage, donc. La faute à la distribution ? Sans doute. Un pseudo clone d’Howard (Barry K. Barnes qui n’en conserve qu’une joliesse fade, sans le bouillonnement intérieur et la distinction naturelle de son modèle) ne peut faire l’affaire, et la version presque « hollywoodienne » de la Lady anglaise campée par Sophie Stewart ne saurait se substituer à la dignité fragile de Merle Oberon… De même, Francis Lister serait plus à sa place dans un whodunnit fin XIXe et n’a ni le mordant, ni la sauvagerie larvée de Massey.

La faute aussi sans contredit à une adaptation bancale, qui sait faire la part des rebondissements aventureux, ménageant coups de théâtre sur coups de théâtre, suspense (soit disant) haletant et mélodrame pour faire pleurer Margot. Bizarrement, c’est la valorisation de l’aspect « cape et épée » qui plombe le film, alors qu’on pouvait regretter sa mise sous le boisseau pour le premier opus. Certes cela se regarde sans trop de déplaisir, mais on n’est jamais vraiment pris par l’intrigue, emporté par la narration, captivé par cette vision du Paris révolutionnaire… Il est quand même significatif que les seules images qui captivent l’imagination soient justement celles extraites du premier opus !!

Quelques fautes de goût parsèment le film : une vision de la foule qui ne fait jamais vraiment corps, des déguisements bien transparents pour le spectateur, l’attitude de Marguerite qui passe de la femme qui ne saurait enlever à son mari son « sport favori » en une femme qui roucoule trop pour être vraiment honnête (le roman populaire a ses règles qu’il ne convient pas trop de bousculer…). Cette accumulation de petits détails finissent pas sonner faux et crée une distance pour le spectateur connaisseur de l’œuvre originelle.

Paradoxalement, ce qui emporte la mise, ce sont les adversaires du Mouron Rouge : Robespierre, brossé en quelques traits par un génial Henry Oscar (la manière dont il susurre « Poor young Tallien. No Theresia, no heart. Soon no head » est un délice), bien que trop vieux, déploie une autorité que l’on aimerait bien un peu voir dans la bande d’aventuriers anglais.




Theresia Cabarrus, égérie historique de Tallien, est ici incarnée par la vénéneuse Margaretta Scott. Bien que paraissant aussi espagnole que les diverses beautés exotiques des studios anglais, elle n’en est pas ridicule pour autant. (Son récital de chanson française est pourtant un gag involontaire…) L’adaptation lui a ôté une partie de sa duplicité : dans le roman, c’est aussi parce qu’elle n’arrive pas à séduire Sir Percy en Angleterre qu’elle ajoute une vengeance de femme à l’emprise que Chauvelin fait peser sur elle. Chez la Baronne Orczy, les raisons féminines se mélangent toujours à la grande histoire (comme dans son roman Le Serment)…

Parmi les atouts du film, on ne trouve guère que James Mason qui brille d’un éclat noir… C’est à l’une des grandes rencontres manquées du cinéma anglais, la confrontation James Mason-Leslie Howard, à laquelle on assiste en fait. Mason, malgré sa relative inexpérience cinématographique, habite densément chacune de ses scènes, aidé par une technique théâtrale à toute épreuve. Son effacement pusillanime, ses hésitations (mises en relief par la détermination de Theresa), laissent place in extremis à l’emportement final du tribun désespéré qui joue son va-tout. Si l’on pense irrésistiblement à son futur Brutus shakespearien (qu’il dénigra pourtant !!), c’est qu’au-delà de la similitude de la harangue, la technique de jeu trouve ses racines dans un instinct de diseur magistral, un dosage millimétré des ports de voix et un charisme stupéfiant.

Pour les fans du jeune James Mason et les curieux.

Réalisé par Hanns Schwarz
Scénaristes : Lajos Biró, Arthur Wimperis et Adrian Brunel
Image de Mutz Greenbaum
Producteurs : Alexander Korda et Arnold Pressburger
Durée : 94 minutes

Le film est désormais tombé dans le domaine public anglo-saxon et peut être regardé sur le site archive.org

La meilleure « suite » est, paradoxalement, la transposition faite par (et avec) Leslie Howard, Pimpernel Smith, en 1941 On y reviendra… (Passons charitablement sur la « version David Niven » qui passe totalement à côté du sujet…)

The Scarlet Pimpernet (Le Mouron rouge) (1934)


1792. La Terreur bat son plein. Depuis l'Angleterre, un mystérieux héros, sous le sobriquet du Mouron Rouge, aide des condamnés à la guillotine à échapper à leur sort. En Angleterre toujours, Marguerite Saint-Just (Merle Oberon), lointaine cousine du tribun révolutionnaire, a épousé Lord Percy Blakeney (Leslie Howard), dandy à la mode et compagnon du Régent. Le couple ne vit pas en harmonie : Marguerite méprise la frivolité affichée de son mari, ce dernier tient en horreur une dénonciation de sa femme qui eut pour conséquence la mort sur l'échafaud de la famille du Marquis de Saint-Cyr... Le frère de Marguerite, Armand (Walter Rilla) est en danger de mort : membre de l'organisation du Mouron Rouge, son salut ne tient qu'à l'intervention de Marguerite. Chauvelin (Raymond Massey), émissaire du gouvernement révolutionnaire, la fait chanter : si elle l'aide à découvrir qui est le Mouron Rouge, il sauvera son frère de la guillotine. Or, l'attitude de Sir Percy n'est qu'une façade : il est le Mouron Rouge.



Sur ce canevas, la Baronne Orczy écrivit une pièce de théâtre, qui eut un immense succès en 1905. Elle remania le matériau pour en faire un roman, qui obtint un succès non moins grand...
Ce roman, Le Mouron Rouge (The Scarlet Pimpernel), fut suivi de variations sur le thème et même de prequels, dans lesquelles on pouvait lire l'héroïque conduite de l’ancêtre du héros à l'époque de Cromwell... et celle de son descendant, Peter, durant la seconde guerre mondiale (Pimpernel and Rosemary). (Les neuf romans traduits en français sont disponibles en Omnibus chez Presses de la Cité). Les anglophones peuvent lire l'intégralité du cycle, tombé dans le domaine public.) 

Sir Percy arbore déjà presque tous les attributs du justicier « masqué », ou, plus précisément ici, travesti : don d'acteur prodigieux (son épouse et son entourage ne soupçonnent rien ; on pense évidemment à Zorro, qui en serait une déclinaison), don pour le déguisement et le grime (Arsène Lupin, nous voilà !), humour et défi lancé aux forces de l'ordre, par le biais de messages publicisés (Arsène Lupin, encore...), rectitude morale à toute épreuve et esprit chevaleresque, etc... L'action se structure principalement autour de l'identité, des masques, de la fluidité des échanges comme l'a montré Peter Royston. La figure du Mouron Rouge lui-même n'est souvent qu'une apparence, une exagération de la retenue perçue comme typiquement anglaise et le goût de l'understatement, et sa simple évocation suffit parfois. Pour autant, Sir Percy Blakeney n'a rien du surhomme et de nombreux incidents le soulignent abondamment.

Il n'en demeure pas moins que Sir Percy est l'émanation des préjugés de son auteur (et de ceux de la fin du XVIIIe siècle) : il a beau faire partie de l'entourage du futur Régent, il n'en éprouve pas pour autant la fascination politique d'un Fox ou d'un Sheridan !) Le peuple français n'est qu'une populace, les héros sont presque tous de « sang bleu », ou apparentés par leur noblesse naturelle à l'aristocratie, qui ne peut exister dans cette vision que par la filiation. Si Marguerite, ancienne actrice, s'anoblit, c'est en partie grâce à l'amour et au pardon que lui accorde son mari, et tous les révolutionnaires modérés (qu'ils soient d'origine plébéienne ou bourgeoise) trouvent une sorte de rédemption par l'amour que leur retourne une jeune aristocrate.
Le sentiment anti-français joue également à plein : malgré la francophilie des élites anglaises (la Paix d'Amiens vit un déferlement de fashionables à Paris, en quête des dernières modes !!), ce n'est rien d'autre qu'un nouvel épisode du conflit anglo-français centenaire. On oppose ainsi souvent le flegme britannique et ses avatars humoristiques et l'esprit de sérieux (épouvantable) des français.




Le cinéma muet s'empara très vite de ce héros chevaleresque, faillible et aventureux, en 1917, 1919 et 1928. La structure des romans, alliant le meilleur du roman populaire d'aventure et tous les clichés du genre, avait de quoi séduire scénaristes et réalisateurs. Les avatars ne manquent pas : comédie musicale, feuilletons tv divers (surajoutant péripéties et coups de théâtre parfois superfétatoires), les réécritures de cet archétype du sauveur aristocrate sont légions.
Mais, des versions parlantes, c'est l'adaptation de 1934 qui demeure la plus proche de l'écriture du roman, déclinant avec astuce et profondeur ce qui est le plus séduisant dans l'écriture réactionnaire de la Baronne Orczy : son sens de l'aventure, le plaisir enfantin des déguisements et la jubilation du ludique.

Quand Korda lança le projet, il avait tout d'abord pensé à distribuer Charles Laughton (qui venait de tourner avec lui The Private Life of Henry VIII). Cette annonce publicisée dans la presse déclencha un tollé de la part des fans du roman, et Korda fixa finalement son choix sur Leslie Howard, grande star à Hollywood et Broadway, mais curieusement moins connu dans son pays natal. De son film précédent, Korda conserva Merle Oberon (qui devint par la suite son épouse). Il fut le co-réalisateur non déclaré du film avec Rowland Brown (viré au bout du premier jour de tournage !) et Harold Young. La direction artistique est donc bien tributaire de sa vision de la Révolution Française (les scènes du début, avec les tricoteuse extatiques devant la guillotine et les foules hurlantes, semblent sorties tout droit de gravures illustrant le Dickens de The Tale of Two Cities. Ces plans furent réutilisés pour la suite cinématographique.)




Parmi les transformations inhérentes au glissement de l’écrit vers l’image, un des éléments marquants de la fin du film a volontairement été ôté. Sir Percy est en effet déguisé en « juif crasseux » quand il sauve Marguerite, abandonnée sur la côte française à la merci de Chauvelin. Cette transformation donne lieu à des remarques qui fleurent bon un antisémitisme banalisé à l’époque de la rédaction du roman… tout comme l’ambiguïté méprisante dans laquelle la bonne société du XVIIIe siècle anglaise cantonnait la communauté juive. Au contraire, dans le film, Blakeney mentionne « Mendoza » avec admiration : Daniel Mendoza, le boxeur qui révolutionna ce sport était juif. Est-ce une manière élégante de blâmer la source littéraire ou une simple référence sociologique qui tend à « faire époque » ? On espère que la première raison explique ce changement…

En ce cas, il est fort dommage que l’entrevue cruciale entre Marguerite et Chauvelin ne se passe pas, comme dans le roman, dans une salle d’opéra… Si toutes les références ayant trait au monde musical sont totalement erronées, la cantatrice qui chante Orphée en travesti (une aberration, la version Berlioz n’ayant pas encore vu le jour…) n’est autre que Ann Selina (Nancy) Storace, la soprano qui créa les Nozze di Figaro de Mozart en 1786… La pièce sur laquelle cet opéra est fondé ayant la réputation d’avoir « annoncé » la Révolution Française, la mise en abyme était savoureuse… Et puisqu’on parle de Mozart, remarquons tout de même que pour le bal chez Lord Grenville, on entend un extrait de la Petite Musique de Nuit, ce qui est un bel anachronisme : si la sérénade KV. 525 date de 1787, elle ne fut diffusée qu’au début XIXe…



Avec ce rôle double, Leslie Howard continue d’incarner, avec ce personnage d'intrépide aventurier un autre avatar des héros intellectuels qu'il avait incarné tout au long de sa carrière. On peut noter pourtant une différence de taille. Ici la réflexion inspire une action positive, même si ce n'est pas l’aspect athlétique de l’aventurier qui est mis en valeur dans le film de Korda. Dans ses rôles précédents, l’homme « pensant » avait tendance à se laisser entraîner dans une ronde intellectuelle morbide et souvent mortelle.
Ici, le personnage met en exergue une intelligence subtile, une mélancolie enjouée, et un courage discret. A l’opposé du héros de cape et d’épée (cet aspect est hélas gommé dans l’adaptation), c’est le tacticien économe de vies humaines qui est héroïsé. Ce patriote fervent se présente de surcroît comme l’incarnation des vertus du pays. (Howard insista pour que soit rajoutée la tirade « This blessed plot, this earth, this realm, this England » à son texte.)
Les qualités éminemment « anglaises » d’Howard (qui en feront pour Hollywood, puis son propre pays, le parangon du jeune premier gentleman) sont mises à contribution : humour ravageur ou discrètement cinglant, réelle élégance sous l’affectation jouée, fermeté, sens de la mesure (l’understatement à son meilleur), diction parfaite, économie des moyens employés. Howard joue avec ses yeux, ses émotions fugitives, et transmet par un simple frémissement de visage tout l’affleurement de ses émotions. Cette première incarnation de Blakeney qui marqua le rôle n’a jamais été égalé, les titulaires cinématographiques ultérieurs se laissant aller à un surjeu du plus mauvais aloi.



Le jeu de Merle Oberon (un ravissement pour les yeux...) pâtit des raccourcis dont son personnage est victime dans cette adaptation. Des myriades d’émotions du personnage ne semblent subsister que les déclinaisons de l’angoisse et de la désespérance. Les scènes où le couple s’affronte témoignent pourtant d’une belle émotion distillée ; faut-il l’attribuer à l’art de la comédienne (qui est photographiée plus comme une poupée en Saxe qu’un être de chair et de sang), l’alchimie entre les deux acteurs (Leslie Howard qui avait une liaison avec Merle Oberon durant le tournage, faillit divorcer pour l’épouser…) ou la composition magistrale de son partenaire qui la porte tout le long du film ?

Si toute la première partie du roman trouve un équivalent fidèle à l'écran, les scènes d'aventure pure en France sont assez rapidement expédiées, se bornant à l'affrontement Chauvelin-Mouron Rouge dans l'auberge du Lion d’Or. L’innovation de la Baronne Orczy, qui accordait à Marguerite Blakeney un rôle plus important que d'usage pour un personnage féminin dans un roman d'aventure historique (fiancée ou épouse fidèle laissée en marge du récit), marque le pas dans la version cinématographique. Marguerite était présentée comme la « femme la plus brillante d'Europe », mondaine et intellectuelle accomplie, hôtesse  parfaitement intégrée à son nouveau milieu, femme de tête et amoureuse éperdue. Le premier roman est d'ailleurs plus ou moins construit de son point de vue. (Dans le reste de la saga, elle n'existera principalement que comme objet de chantage possible pesant sur l'action de son mari). Il en reste finalement peu de choses dans cette adaptation et c’est bien regrettable.
Le renversement du regard (c'est la geste du Mouron Rouge qui prime) contribue à mettre dans l'ombre la jeune femme, qui devient simplement le prétexte et le catalyseur de l'aventure. Si la première partie du film aborde bien son cruel dilemme, on est pourtant plus sollicité par le comportement extraverti de son mari et ces jeux de masque et de cache-cache, que par cette figure doloriste… Elle a pourtant bien des qualités, comme le montre la très jolie scène où elle s’entretient avec Armand.



Pas de héros sans adversaire à sa hauteur ! Raymond Massey trouve en Chauvelin un rôle à sa mesure. Nerveux et maléfique, il impose une présence dérangeante et faussement obséquieuse. Loin de ridiculiser le Français, le film souligne principalement l’incompréhension foncière entre deux tempéraments, deux systèmes de pensée. Pour la Baronne Orczy, l’adversaire est redoutable, même s’il use de moyens que la morale réprouve… Il est aussi l’incarnation du désordre et la preuve que la menace révolutionnaire menace l’intégrité même du royaume, puisque le désordre peut être porté sur son sol.

L’abondance des moyens, la stylisation de la direction artistique (on n’est pas loin des grandes fresques du muet) compensent ce que ce film peut avoir d’un peu statique et de théâtral. Mais ce n’est que broutille face à sa force : la peinture d’âmes fortes dans un contexte tourmenté, et l’exaltation d’une juste résistance face à des lendemains qui chantent grâce à une bain de sang. Même certaines fins ne justifient pas ces moyens.



Une dramatique radio du LuxRadio Theater diffusée le 12 décembre 1938 donna à Leslie Howard l’occasion de reprendre son rôle. Sa Marguerite était Olivia de Havilland. 


Le film est désormais dans le domaine public anglosaxon et peut être visionné en intégralité sur archive.org (sans sous-titrage) ou sur YouTube (avec sous-titrage anglais) pour le Described and Captioned Media Program.
De nombreuses éditions DVD, de qualité variée.

Réalisé parHarold Young.
Scénario : Lajos Biron et S. N. Behrman d'après le roman de la Baronne Orczy.
Produit par Alexander Korda.
Image d'Harold Rosson. 
Durée : 97 minutes

lundi 20 août 2012

It's Love I'm After (L'aventure de minuit) (1937)


Basil Underwood (Leslie Howard), acteur de théâtre adulé par les femmes, partage sa vie avec  sa partenaire de scène Joyce Arden (Bette Davis). Leur relation est tempétueuse : alors qu'il s’apprête à la demander pour la 12e fois en mariage et à enfin l'épouser, Basil est sollicité par le fils d'un vieil ami, Henry Grant (Patric Knowles). La fiancée de ce dernier, Marcia West (Olivia de Havilland) s'est éperdument éprise de Basil en le voyant jouer Romeo, et il espère que l'acteur la désillusionnera rapidement. Basil, qui cherche à se réformer avant son mariage, accepte, toutefois sans avertir Joyce. Il s'invite chez les West avec son valet Diggs (Eric Blore) et entreprend de se rendre odieux. Joyce, pensant être une fois de plus victime de ses habitudes de coureur invétéré, ne tarde pas à le rejoindre...


Quand on pense « comédie à l'américaine », on n'associe pas tout de suite le genre à Bette Davis, Olivia de Havilland et Leslie Howard. Et pourtant ! Cette petite gemme méconnue, menée sur un rythme d'enfer, est pourtant l'une des meilleures du genre.
C'est le troisième film tourné par Davis et Howard. Bien loin du mélodrame et du tragique de Of Human Bondage et The Petrified Forest, ce film est une comédie endiablée avec dialogues qui fusent, portes qui claquent, comique de répétition, et rôles en or pour le trio.

La première scène, qui voit le couple d'acteurs en pleine dispute alors qu'ils interprètent la scène du tombeau de Roméo et Juliette, est enlevée avec jubilation et humour. Cela permet également à Leslie Howard de se brocarder avec pas mal de distance (il avait tourné la pièce de Shakespeare avec Norma Shearer l'année précédente). Distordant avec une ironie cinglante sa propre incarnation, il campe en trois minutes l'archétype de l'acteur « frileux » (qui tire la couverture à lui) : ses récriminations (« Bouge ta main de là, on ne voit pas mon visage ! ») valent leur pesant de cacahouètes...


Le couple continuera à s'invectiver à travers la cloison mitoyennes de leurs loges, malgré l'irruption de Marsha, groupie énamourée qui tient absolument à déclarer sa flamme (« Quand vous serez vieux et oublié , vous vous souviendrez de cet instant avec gratitude » !!) à un Basil plus séduit qu'il ne veut le dire. Le personnage est sans doute également une auto-parodie de l'interprète, bien connu pour ne presque jamais résister à ses partenaires féminines...

Bette Davis, ici ravissante et impérieuse, sardonique et désespérée, brille de tous ses feux. Sa Joyce est bien différente de sa future Margot Channing (All About Eve) : si le théâtre est bien sa vie, l'accent est ici porté sur sa quête acharnée pour récupérer son homme malgré ses défauts. L'interprète, qui se plaindra pourtant de ne pas être assez mise en valeur, séduit dans toutes ses apparitions, en comédienne excessive et névrosée, maîtresse furibarde et femme bourrée d'humour dans ses réparties acérées. Elle semble prendre un immense plaisir à accabler de sarcasmes et de doubles sens son malheureux partenaire, totalement débordé par son double jeu. (Il est vrai que les relations réelles des deux acteurs ne furent jamais vraiment au beau fixe...) Leurs disputes homériques et leurs réconciliations passionnées ponctuent le film et lui apportent beaucoup de son pétillement.

C'est une idée totalement géniale que d'avoir distribué Leslie Howard dans cette comédie. Si l'idée lui en revient (il se lassait d'incarner régulièrement des intellectuels désemparés ou accablés par le sort...), il compose un magistral portrait d'un acteur totalement inapte à la vie hors des planches (toutes ses références proviennent de ses rôles qu'il tente de répéter dans sa vie réelle, avec des résultats... inattendus), outrancier, poseur, égocentrique, d'une mauvaise foi totale, d’une auto satisfaction confondante,… et d'une grande fragilité. Le personnage reste néanmoins touchant dans son arrogance et sa vulnérabilité. Son jeu mélangeant savamment exagération et sincérité (car Basil n'est jamais plus lui-même que lorsqu'il joue), mordant et alanguissement, séduction et effarement, emporte totalement la mise. Howard s'amuse manifestement comme un fou, et nous emporte dans son délire savamment construit.
La manie de Basil de citer Shakespeare à tout moment (sa tirade devant un hareng carbonisé au petit déjeuner est un moment d'anthologie) participe de cette folie ambiante. Le renversement de valeurs (le séducteur « professionnel » cherchant à retrouver une virginité émotionnelle doit se faire passer pour un goujat !) lui permet des variations virtuoses sur la culpabilité et le remords totalement jubilatoires.
Les réserves exprimées par certains devant le talent comique d'Howard furent par la suite définitivement balayées par son Higgins dans Pygmalion (1938).

Basil est admirablement secondé par son valet, Diggs, complice volontaire et résigné des aberrations de son maître. Eric Blore parvient à se tailler une part de lion au milieu de cette distribution étincelante, par ses interventions de valet fidèle, anglais jusqu'au bout de sa moumoute. Son désespoir devant les dérapages de Basil (supposé décourager Marsha, mais finissant par se laisser emporter dans une grande scène de séduction) et son incapacité à prévenir son maître qu'il franchit la ligne rouge (le cri d'oiseau avertisseur ne peut se distinguer d'une volière située non loin...) comptent parmi les moments les plus drôles du film. Cet admirateur éperdu du talent de son maître, indéniablement acteur frustré, déploie un autre aspect du fan, celui qui dévoue sa vie à se mettre au service de l'adulé.

En ingénue volontaire et énamourée jusqu'au ridicule, Olivia de Havilland est totalement craquante, fichtrement sexy, jolie comme un coeur et monstrueusement exaspérante dans sa rage à excuser tous les défauts de son idole et à résister à toutes les déconvenues, collée à lui comme une moule à son rocher. Evidemment, le plan concocté par Basil et Henry (un Patric Knowles impavide, mais de plus en plus suspicieux des véritables motifs du Shakespearien) rate lamentablement : plus son invité se montre sous son plus mauvais jour, plus elle s'en éprend... Elle finit in extremis par s'en détacher, après l'avoir poursuivi jusque dans sa chambre d'hôtel, à la faveur d'un échange dégoulinant de private joke, Howard ayant été éclipsé par Gable dans A Free Soul en 1931...
«Marsha : '' I was in love with Clark Gable last year. If I can get over him, I can certainly get over you !''
Basil : ''Who's Clark Gable?" »

Assez irrésistible.



Réalisé par Archie Mayo
Scénario : Casey Robinson d'après Gentlemen After Midnight de Maurice Hanline
Produit par Hal B. Wallis et Harry Joe Brown
Musique d’ Heinz Roemheld
Image de Mutz Greenbaum        
Direction artistique de Carl Jules Weyl
Durée : 90 minutes.

DVD en anglais (sans sous-titres), disponible chez Warner Bros. Archive Collection (DVD à la demande)
Extraits vidéos sur TCM.com

mercredi 8 août 2012

La Route du baroque – Opéra national de Bordeaux (été 2012)



Superbe exposition accueillie par l’opéra national de Bordeaux, La Route du Baroque propose un voyage magnifique à travers l’évocation de la scénographie de l’opéra. Loin de se cantonner au mouvement baroque (auquel est toutefois consacré les 3 /4 de l’exposition), les objets exposés abordent également les enchantements du cinéma et d’opéras plus contemporains (certains costumes d’un Macbeth très récent, et de films sont également inclus dans les présentations).

Avec de très beaux costumes d’opéra (certains devenus d’ailleurs mythiques comme ceux de la Platée porté par M. Sénéchal), ou certains costumes des Indes Galantes de l’Opéra de Paris, on y verra une salle consacrée aux bijoux de films non moins légendaires (comme le Ludwig de Visconti), des éléments authentiques de décors et de machinerie du Petit Théâtre de la Reine (provenant de Versailles), des machines à vent et à tonnerre à l’identique (qu’on peut s’amuser à faire fonctionner…), des maquettes de décors de productions récentes comme l’Amadis de Gaule de Jean-Chrétien Bach (grâce au CMBV), des reconstitutions des machineries reproduites dans l’Encyclopédie, etc…

Le tout, dans un florilège de panneaux pédagogiques remarquablement bien faits, de quoi combler les petits et les grands, manifestement séduits par la scénographie élégante et la variété des objets présentés.

La visite s’achève dans la salle, mise en relief par un arc en ciel de lumières. Sur la scène, le costume de l’Armide de Gluck (production de la Scala), arboré autrefois par Anna-Caterina Antonacci) veille sur ces sortilèges…

A ne pas manquer.

Seul regret : aucun catalogue n’est disponible, donc n’oubliez pas de vous munir d’un appareil photo. Heureusement, j’avais le mien.



  
Costume pour « La Pastorale de Noël » de Charpentier
Printemps des Arts, 1987
Ange Danseur



Costumes pour « La Pastorale de Noël » de Charpentier
Printemps des Arts, 1987
Les Bergers



 
Maquette de Ferdinando Galli da Bibiena (1657-1743)
Illustration de la perspective de « l’œil du Prince »
(Scala de Milan)




Sabot de renvoi pour le gril (XVIIIe)
Petit Théâtre de la Reine, Château de Versailles



Mat lumière (élément d’éclairage)  (XVIIIe)
Petit Théâtre de la Reine, Château de Versailles




Décor  (XVIIIe)
Petit Théâtre de la Reine, Château de Versailles



Costume pour « Les Indes Galantes »



Costume pour « Platée »




Bijoux de Ludwig (Visconti, 1973)


Grand finale « Armidien »








La Route du baroque

ombres et lumières, bijoux et machines

du 13 juillet au 2 septembre 2012
Exposition d’été imaginée par Giulio Achilli

Photographies © E. Pesqué, juillet 2012.